Le Japon régresse au dixième rang des pays les plus peuplés
ASIE>Pour la première fois depuis 1899, année de l'instauration au Japon de statistiques démographiques, le pays a vu décroître le chiffre de sa population de 10 000 unités : celle-ci est tombée de 127,687 millions à 127,677 millions d'habitants. Il a reculé en 2005 du neuvième au dixième rang des pays les plus peuplés, derrière le Nigeria, selon un recensement quinquennal rendu public, mardi 27 décembre, par le ministère des affaires intérieures.
Jiro Kawasaki, ministre de la santé nippon, avait déjà annoncé, le 22 décembre, au cours d'une conférence de presse à Tokyo, que le recul des naissances prévues (1,067 million de naissances, soit ? 44 000) et l'augmentation des morts prévus (1,077 million de décès, soit + 48 000) aboutissaient à "un tournant majeur" dans l'histoire du pays. Il semblerait que l'épidémie de grippe qui, au printemps, a aggravé la mortalité japonaise ait avancé d'un an un recul de la population nippone "prévu et prévisible", selon Jacques Véron, adjoint au directeur de l'Institut national d'études démographiques (INED) français.
Les démographes japonais avaient fait, en 2002, des projections aboutissant à une diminution sévère de la population japonaise en 2050, qui serait comprise entre 92 millions et 108 millions d'habitants.
"Il s'agit bien d'un phénomène structurel, et il va s'accélérer", commente Jacques Véron. "La fécondité japonaise est très basse (1,29 enfant par femme) ; cela s'explique par un report de l'âge du mariage des femmes de 23 à 28 ans, entre 1950 et 2004, qui a réduit le nombre des naissances. Cette contraction n'a pas été compensée, comme en France, par une multiplication des naissances hors mariage. Les Japonaises veulent être professionnellement actives, alors que leur place sur le marché du travail n'est pas bien définie ; elles font donc moins d'enfants", explique-t-il.
ESPèRANCE DE VIE RECORD
L'autre cause du déclin démographique de l'Archipel est à chercher dans le vieillissement. Les Japonais vivent plus vieux que les autres peuples, soit une espérance de vie record de 85 ans pour les femmes et de 78 ans pour les hommes. Ce vieillissement va continuer d'ici à 2050 (+ 3 ans pour les hommes et + 4 ans pour les femmes), augmentant mécaniquement la proportion de la population très âgée, et donc le taux de mortalité, qui devrait doubler.
Une telle diminution de population, déjà amorcée en Russie ou en Italie, met en péril le système de protection sociale et le niveau de vie du Japon. C'est pourquoi le gouvernement a décidé de mettre en oeuvre des mesures de parité entre hommes et femmes (horaires flexibles, crèches, aides aux femmes créatrices d'entreprises) afin d'encourager les mères à reprendre le travail après leur première maternité.
Le Japon devra aussi revenir sur son hostilité à l'immigration qui lui a, par exemple, fait mettre des conditions draconiennes à l'acceptation d'un flux de travailleurs philippins ? dont des infirmières ? dans le cadre d'un accord de libre-échange avec Manille.
Alain Faujas avec Philippe Mesmer (à Tokyo) Article paru dans l'édition du 28.12.05 Classez cet article Recommandez cet article Imprimez cet article Envoyez cet article par e-mail
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