Arabie saoudite, Espagne, Algérie accélèrent le dessalement de l'eau de mer pour leur consommation d'eau potable. La Chine songe à plonger...
Ecologie>«Nous manquons d'eau dans les Emirats ? Mais c'est faux. Regardez, la mer en est pleine ! » L'ingénieur arabe est content de sa plaisanterie, mais celle-ci comporte une part de vérité, car derrière lui se dresse la plus grande usine au monde de dessalement d'eau de mer. Un monstre d'acier et de tuyaux qui s'étend sur plusieurs centaines d'hectares. Chaque jour, l'usine engloutit 3,2 millions de mètres cubes d'eau salée pour faire jaillir 450 000 mètres cubes d'eau douce ! De quoi assouvir la soif de trois parisiens sur quatre.
Ce miracle d'Allah se déroule au bord du golfe d'Oman, dans l'Emirat de Fujairah, l'un des malchanceux à ne pas posséder une goutte de pétrole dans son sol. C'est donc son voisin le richissime Abu Dhabi qui lui a fait ce cadeau royal. Entre membres de l'EAU (Emirats arabes unis), c'est la moindre des choses ! En fait, le don est intéressé, puisque 90 % de l'eau produite par l'usine est récupérée par Abu Dhabi pour alimenter son oasis d'Al Ain, à la nappe phréatique désormais épuisée. L'usine de Fujairah possède deux unités de dessalement. La plus ancienne est couplée à une centrale électrique dont elle récupère la chaleur pour distiller l'eau de mer. Cette dernière est chauffée sous forte pression dans des tuyaux. Puis elle est libérée brutalement dans d'énormes chambres où elle explose sous forme de vapeur qu'il suffit de condenser.
La deuxième installation, opérationnelle depuis juin 2004, fait appel à une technique bien plus élaborée : la filtration sur membrane par osmose inverse. De bien grands mots pour signifier que l'eau est fortement pressée contre une membrane en polyamide dont les micropores ne laissent passer que les molécules d'eau. Et rien d'autre, pas même microbes et virus. Cette unité est la plus grosse de son type au monde, avec 170 000 mètres cubes par jour. L'intérieur ressemble à une cathédrale d'acier abritant 20 000 tuyaux d'orgue allongés sur des racks. Se dirigeant vers un de ces tubes, Thierry Mallet, directeur général de Degrémont, ne résiste pas au plaisir de faire l'article : « L'eau salée pénètre à une extrémité sous une pression de 80 bars, mais seule une fraction de celle-ci traverse la membrane enroulée comme un tapis dans le tube. L'eau ressort de l'autre cèté débarrassée d'une grande partie de son sel. Il faut recommencer deux fois l'opération pour obtenir une eau pure. »
Si tout le liquide ne traverse pas la membrane, c'est pour éviter de la colmater avec le sel. Ainsi, la plus grande partie du flot glisse à la surface, emportant le sel stoppé par l'obstacle. Des lavages mensuels de la membrane permettent également d'allonger sa durée de vie à presque quinze ans. Paradoxalement, l'eau filtrée n'est pas potable. Trop pure ! Il faut lui ajouter... les sels minéraux indispensables à la santé humaine.
Arroser le désert
Pendant longtemps, l'osmose inverse a eu mauvaise réputation à cause d'incidents de fonctionnement provoqués par l'encrassement des membranes dû aux microalgues et autres particules charriées par l'eau de mer. « Aujourd'hui, nous avons résolu ce problème en faisant subir à l'eau un prétraitement absolument adapté aux conditions locales », explique Thierry Mallet. Ainsi, à Fujairah, l'eau salée transite dans des filtres géants composés de sable et de pierres ponces. D'autres traitements chimiques peuvent être entrepris pour précipiter toutes les substances indésirables.
Après un an de fonctionnement, l'usine de Fujairah donne entière satisfaction à son exploitant, l'Uwec (Union water & electricity company), au point qu'il envisage de doubler la mise : 900 000 mètres cubes par jour ! Soit 450 piscines olympiques. Record du monde pulvérisé pour un site unique ! C'est que les émirs de l'EAU ne manquent pas d'ambition : anticipant l'épuisement du pétrole, ils veulent arroser le désert pour y faire pousser une industrie touristique, et même une industrie tout court. D'autant que le dessalement est un luxe que les Etats pétroliers, qui bénéficient d'une énergie quasi gratuite, peuvent encore se payer sans problème. A Fujairah, le mètre cube d'eau potable revient entre 70 et 90 centimes de dollars. Pourtant, ce record sera encore battu à Ashkelon, en Israël, où Veolia - le rival français de Degrémont - achève une double installation de 320 000 mètres cubes par jour ! Le prix du mètre cube produit n'y sera plus que de 0,53 dollar. Trois fois moins qu'il y a seulement dix ans !
Cette dégringolade permise par l'osmose inverse, bien moins gourmande en énergie que la distillation, rend désormais le dessalement accessible à de nombreux pays du sud étranglés simultanément par une démographie galopante et par un épuisement de leurs ressources naturelles. Les usines poussent comme des champignons : Mexico (130 000 m3/jour), Carboneras en Espagne (120 000 m3/jour), Baya de Palma (68 000 m3/jour), Curaçao (18 000 m3/jour), Amman (130 000 m3/jour), Minera Escondida au Chili (45 000 m3/jour)... sans compter les dizaines de milliers de petites installations pour une île, un hètel ou encore une usine nécessitant de l'eau ultrapropre. Sur les 71 villes de plus d'un million d'habitants manquant d'eau dans le monde, 42 sont proches d'un océan. Autant de futures adeptes du dessalement. L'étude du marché réalisée par l'agence britannique Global Water Intelligence prévoit un doublement de l'eau dessalée au cours des dix prochaines années (de 30 à 60 millions de mètres cubes/jour). Le Moyen-Orient continuera, bien entendu, de caracoler en tête avec bientèt 28 millions de mètres cubes par jour. Suivi par les Etats-Unis, grâce à des milliers d'installations filtrant essentiellement des eaux saumâtres. Mais la plus forte croissance est à chercher sur les bords de la Méditerranée ! L'Algérie, Israël, la Libye veulent doubler leur capacité d'ici à 2015.
L'Espagne, également, dessale à tout-va. Aux Baléares, c'est devenu le seul moyen pour abreuver la horde touristique. En arrivant au pouvoir, les socialistes ont sabordé le mégaplan de détournement de l'Ebre pour irriguer le sud du pays, comme promis aux écologistes. A la place, ils projettent de construire jusqu'à quinze usines de dessalement (1,7 million de mètres cubes par jour). A plus long terme, la Chine et l'Inde devraient plonger à leur tour. La ville chinoise de Yantai a entrepris la construction d'une usine de dessalement couplée à un réacteur nucléaire ! Jusqu'à Londres, qui envisage de dessaler l'eau saumâtre de la Tamise. « Le marché du dessalement atteint déjà 1 milliard de dollars et augmente de 10 % par an », se réjouit Jean-Louis Chaussade, président de Degrémont.
Pour l'instant, la France fait de la résistance. Ses fleuves et ses nappes phréatiques lui suffisent amplement. Ce qui n'empêche pas nos deux mastodontes de l'eau, Degrémont et Veolia, de répondre à de nombreux appels d'offres dans le monde et de les remporter en présentant des additions pas trop... salées
http://www.lepoint.fr/dossiers_sciences/document.html?did=159313
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Pour
la Forme
1. Le samedi 10 juin 2006 à 13:08, par benmeziane farida
2. Le vendredi 24 avril 2009 à 18:29, par 9u0ukh
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