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Femmes en solo
Faits de société>

Comment trouver l'homme de sa vie

Elles gagnent leur vie, elles ont des amis, mais il leur manque un jules. Clubs de solos, soirées organisées, « chat » sur la Toile, le marché de la rencontre explose mais ne remplit pas ses promesses aupr??s de ces célibataires exigeantes et romantiques. Enquête aupr??s de ces femmes qui cherchent le prince charmant.

Anastasia, contr??leuse de gestion de 35 ans, est allée le jeudi soir au Lafayette Gourmet, le seul magasin de la capitale où les célibataires sont invités à signaler leur état en faisant leurs courses munis d'un panier violet. Sans oser se saisir du panier, elle a bien vu que « les plus beaux mecs n'en prenaient pas non plus ». Sabine, vendeuse de 41 ans, a tenté le speed-dating, où l'on enchaîne dix entrevues de sept minutes chacune : « J'y ai cru. J'ai rencontré des hommes intéressants, mais il y a une chance sur un millier de tomber sur le bon. » Lucille, 36 ans, responsable d'achat, a fait le dark-dating, au resto, plongé dans le noir absolu. « C'était avec un ex, pour rire. » Elle a testé les soirées seven to one, dites aussi after work, où les jeunes cadres pressés, que personne n'attend à la maison, font la fête mais se couchent t??t. « C'est vraiment le marché à la viande ! » laisse-t-elle tomber.

Il est aujourd'hui plus qu'hier difficile de se rencontrer, et les marchands de bonheur rivalisent d'ingéniosité pour apparier les coeurs solitaires. Que s'est-il donc passé trente ans apr??s la révolution sexuelle ? On croyait les filles libérées, elles restent des midinettes à la recherche du grand amour. On pensait que les hommes de cette génération, les trentenaires au coeur tendre, incarnés par Bénabar ou Romain Duris, étaient faits pour elles. Or, si femmes et hommes recourent aujourd'hui à de tels artifices, c'est bien que rien ne va plus sur la carte du Tendre.

Chacun peut le constater : dans leur immense majorité, les femmes seules ne veulent pas le rester. Le mythe du couple parfait résiste aux chiffres du divorce et les valeurs familiales repartent à la hausse. Pourtant, la mise en couple ne va pas de soi. Les femmes en solo n'ont rien de la vieille fille, travaillent, ont des amis et sortent le soir. Alors, pourquoi les rencontres semblent-elles si difficiles ? Pourquoi leurs histoires sont-elles si br??ves et les laissent déçues, si ce n'est trahies ? Pourquoi leur quête, si méthodique parfois, reste-t-elle vaine ?

Les derniers chiffres de l'Insee sont anciens : en 1999, un foyer sur trois était constitué de personnes seules, soit 7,5 millions de célibataires. Mais, selon les sociologues, cette tendance n'a pu que s'accentuer. « Les femmes seules sont de plus en plus nombreuses, estime ainsi Jean-Claude Kaufmann, auteur, il y a six ans, d'une enquête intitulée « La femme seule et le prince charmant » (1). Et le phénom??ne touche toutes les sociétés occidentales. » Elles tardent à se mettre en couple, divorcent de plus en plus t??t. Or si en moyenne trois mois apr??s une séparation un homme retrouve une partenaire, ce n'est que rarement le cas des femmes, qui mettront des années avant d'envisager une nouvelle rencontre. « Quand elles sont "guéries", confie ce psy qui en voit défiler beaucoup, elles ont plus de 40 ans et il y a beaucoup de concurrence. » Ces quadras échaudées affrontent alors des candidates dont la jeunesse est le meilleur atout.

Réinventer les préliminaires. Quel que soit leur âge, les célibataires ne ménagent pas leur peine et s'investissent avec sérieux dans ce que le marché de la rencontre leur propose. Mais ces dispositifs ne font que redoubler le probl??me : comment laisser place à cet imprévu qui fait tout le charme d'un premier tête-à-tête quand on s'observe, qu'on se juge et qu'on guette en soi le « déclic » magique, sans quoi rien n'est possible ?

Faut-il pour autant condamner ces rencontres artificielles ? Nos grands-parents ne se sont-ils pas rencontrés au bal, qui n'avait rien de « naturel » ? Il s'agissait bien, selon Jean-Claude Kaufmann, de moments ritualisés, où les hommes pouvaient c??toyer les filles à marier. Nagu??re, aucune occasion n'était perdue pour mettre en présence le veuf encore vert et la vierge rougissante, comme le remarque Viviane, une jolie veuve de 55 ans : « Quand nos parents organisaient un dîner où était convié une célibataire, il aurait été de la derni??re incorrection de ne pas lui trouver un "cavalier". » Ces usages se sont perdus. « Je ne sais combien de fois des amis m'ont dit : il faut que je te présente un homme tr??s bien, et ils n'ont rien fait, déplore-t-elle. C'est humiliant de devoir leur rappeler. » Lisa a vingt ans de moins, mais elle partage cet agacement : « Quand on en parle aux copains, ils nient tous connaître un célibataire ! Je suis sûre que ce n'est pas vrai. J'ai même organisé une soirée où chaque convive avait pour gage d'en ramener un. C'était sympa. Chacun demandait à l'autre : tu es le gage de qui ? Mais c'était tr??s contraignant ! J'ai bien vu que je ne pourrais pas recommencer. »

Alors, qu'importe si, au jeu des « 7 minutes pour convaincre », les timides se font jeter, et les plus à l'aise s'en sortent, comme toujours ! Qu'importe si, sur vingt sociétés de speed-dating créées en 2001, seules trois subsistent encore. Jean-Claude Kaufmann applaudit à toute tentative pour réintroduire des r??gles, si nécessaires à la rencontre amoureuse. On a trop feint de croire que ce moment magique et grave allait de soi. En réalité, il a toujours été sous-tendu par un cadre invisible, où tout ou presque est prévu : comment s'habiller, de quoi peut-on parler et que faut-il taire, qui paie l'addition, etc. Mais tous ces codes ont volé en éclats. Il faut donc réinventer les préliminaires.

Forcer le destin sur Internet. Les solitaires l'ont bien compris. Ils se sont rués sur Internet pour forcer le destin, multiplier leurs chances et faire connaissance avant de se rencontrer. Ainsi, chaque soir, lors du « pic de 22 heures », plus de 32 000 personnes se connectent sur Meetic, le leader des sites de rencontres en Europe. Dix-huit mille hommes et quatorze mille femmes choisissent un partenaire de chat et le testent par écrit, avant de se décider à le voir « pour de vrai ». Les sites de rencontres ont désormais perdu leur parfum de scandale : on y trouve de tout, comme dans la vraie vie. A ceci pr??s que tous sont à la recherche de la même chose : se connaître, et plus si affinités.

Exemple, Sarah. Responsable de communication, la jeune femme y répare son amour et son orgueil blessés par le départ de son mari. C'était il y a deux ans. Le 1er janvier 2005, apr??s avoir beaucoup déprimé, elle prend le taureau par les cornes et entre son « profil » sur Meetic. « Pour l'instant, je reste au bord », avoue la jeune femme. Traduction, Sarah rencontre mais ne couche pas. Son bilan apr??s une dizaine de rendez-vous ? « J'ai rencontré des mecs bien. Certains étaient déçus que je ne souhaite pas poursuivre. Mais tout s'est passé sans drame. Un autre a été tr??s compréhensif. Je continue à le voir. Plus qu'un copain, c'est un homme possible. Un jour, j'en suis sûre, je pourrai de nouveau tomber amoureuse. »

En « restant au bord », Sarah se préserve de la déception. Mais ce n'est pas toujours le cas. Les sites de rencontres vendent certes leurs « mariés » et leurs premi??res naissances. Des histoires vraies qui finissent bien. Mais combien d'autres, pathétiques, voire tragiques ! Car, comme le dit joliment Dalila, veuve de 47 ans, et Meetic Girl deux ans durant, avant de supprimer son profil, le Réseau « met la rencontre à l'envers » : « Dans la vie, on s'attire d'abord physiquement. Là, on regarde la photo, mais ce n'est pas la réalité. On s'écrit. On se parle sans se voir ni entendre la voix. On peut être séduite par un discours sans que l'attirance physique soit jamais au rendez-vous. » Grâce au Réseau, le solitaire n'est plus seul. Surtout, il a le choix et op??re un premier tri : les fautes d'orthographe deviennent rédhibitoires. « Celui qui vous dit qu'il est intello et vous le prouve en déclarant qu'il a lu tout Dan Brown, vous pouvez le zapper », explique une quadra sans états d'âme. Mais toute médaille a son revers : « L'internaute consomme, remarque Jean-Claude Kaufmann. Il compare les profils proposés comme des produits. Mais il se dit qu'il trouvera toujours mieux : trop d'offre tue l'envie. »

Catherine Paris connaît bien cet univers. Journaliste indépendante, elle consacrait dans son premier roman, « Voir le loup », un chapitre à l'amour assisté par ordinateur. Alléché, son éditeur, Calmann-Lévy, lui passe donc commande d'un guide complet sur le phénom??ne. Intitulé « Le nouvel art d'aimer », il ne verra jamais le jour : « Mon éditrice a pris peur, je crois, sugg??re l'auteur. Elle a trouvé cette réalité trop glauque ou mon regard trop cynique. » Catherine Paris y racontait, par exemple, l'histoire de cette femme et de cet homme, la quarantaine tous les deux, qui ont « chatté » des mois durant, persuadés qu'ils étaient faits l'un pour l'autre, sans s'être jamais vus : « Elle habitait Carpentras, lui Grenoble. Il lui a dit "viens". Mais quand il l'a vue, il s'est rendu compte de son erreur. Econduite, la femme a tenté de se suicider. » Cas-limite, mais Didier Dahan, coauteur du guide, raconte peu ou prou la même histoire : « Je suis allé sur le Net en professionnel averti. Mais, même moi, je me suis pris au jeu. J'ai correspondu avec une femme pendant des semaines, et j'ai cru qu'elle était la femme de ma vie. Jusqu'à ce que je la voie. »

Le mot d'ordre : la prudence. Méfiance donc, car l'outil est trompeur : « Dans un premier temps, tout est plus facile, analyse Jean-Claude Kaufmann. On se livre d'autant plus que l'on se sent protégé. Dans ce premier échange, on croit s'engager. Mais quand on rencontre vraiment l'autre, on réalise que tout reste à faire. »

Pour éviter ces désillusions, les « pros » savent qu'il faut rencontrer son contact tr??s vite, sans attendre que les fantasmes s'installent. « Je le cerne en deux ou trois mails, explique Sarah. S'il me convient, je lui donne rendez-vous. S'il refuse, ce n'est pas grave. » Mais ne pas attendre ne suffit pas. Il faut surtout ne pas trop en attendre. « Internet m'a permis de me reconstruire, explique Lucille, dont le copain est mort accidentellement il y a cinq ans. J'étais anéantie. Je suis allée sur le Net, à la recherche d'affection et de sexe. Mais rien de plus. » Une fois remise de la mort de son mari, Dalila a succombé au vertige de la « recherche fébrile » : « Je crois que c'était un passage nécessaire. La recherche elle-même devient un dérivatif à la solitude. » Lucille le confirme qui, le matin, se connecte pour vérifier ses messages et à nouveau le soir, en rentrant du travail. Accro ? Oui, comme cette jeune femme qui, à la éni??me désillusion, est retournée sur Meetic pour se déconnecter définitivement et qui a repris la conversation avec un nouveau profil.

L'échange amoureux sur Internet doit être vécu avec lég??reté pour ne pas souffrir. Il ne faut pas s'investir, expliquent les utilisateurs avertis. Certes ! Mais cette prudence lors des premiers échanges n'est pas spécifique au Net. Elle est devenue la r??gle de toutes les rencontres, or c'est justement cette prudence attentiste qui fait capoter les histoires. « L'échange sur Internet est typique de notre société où l'on rêve de se rencontrer, mais où l'on se méfie de l'autre », résume Jean-Claude Kaufmann.

La preuve ? Celles qui choisissent la « spontanéité » et fuient tout moyen artificiel de rencontres n'échappent pas pour autant à la lourdeur des rendez-vous, où, obsessionnellement, elles se demandent si celui-là est le bon. Le cas d'Ir??ne est exemplaire : à 29 ans, la jeune femme ne perd pas une occasion de rencontrer des hommes chez des amis et, en moins de deux ans, la jeune femme a enchaîné ce qu'elle appelle avec humour des « dates », qu'elle prononce à l'anglaise. « La premi??re fois qu'on se revoit, ça se passe bien. On se découvre et l'on a beaucoup de choses à se dire. Le probl??me, c'est la deuxi??me fois. On ne sait plus quoi se dire. Chacun sait pourquoi l'autre est là. Rien ne se passe, c'est un cauchemar ! »

La spontanéité n'a donc rien à voir avec le mode de rencontre. C'est un état d'esprit ! A la deuxi??me rencontre, Ir??ne ne voit plus que « les détails qui tuent », la cravate mal assortie ou les hésitations au moment de payer l'addition, car elle reconnaît elle-même avoir une idée tr??s précise de ce qu'elle cherche. « J'ai eu une histoire de deux ans avec un mec pile dans ma cible, raconte encore la jeune femme. Il bossait dans la finance, gagnait bien sa vie. Il était dr??le et j'étais amoureuse. » Mais patatras : « Il s'est acheté un appartement et, au moment de signer, j'ai compris qu'il n'était pas question que je m'y installe : apr??s deux ans de relations ! Alors, je l'ai mis au pied du mur : tu t'engages ou c'est fini. Il m'a répondu : c'est fini ! »

Aujourd'hui, avec le recul, Ir??ne se dit qu'elle devrait être plus ouverte. Mais comment se refaire ? « C'est du pragmatisme, se défend-elle. Je sais tr??s bien que je ne vais pas tomber amoureuse d'un homme avec qui je n'ai rien en commun. » Elle se dit aussi qu'elle devrait être plus patiente : « C'est débile, je sais, mais d??s que ça colle un tant soit peu, je me demande déjà comment sonne mon prénom suivi de son nom ! »

Les hommes sont paumés ! Tr??s banale, l'histoire d'Ir??ne ! Lisa a 36 ans et doit, elle aussi, apprendre à maîtriser son impatience : « Avant, je cherchais le gendre idéal, CSP +, et, au bout d'une heure, je lui demandais : t'es marié ? tu en es où ? tu te sens prêt à t'engager ? J'en ai fait fuir pas mal ! »

En filigrane, pour ces trentenaires, la délicate question des enfants devient un sérieux handicap : « Ce n'est pas que les hommes ne veulent pas devenir p??res, estime le psychiatre et spécialiste du couple Serge Hefez. Mais aujourd'hui, le désir d'enfants doit aussi être le leur. » Or, on le sait, en la mati??re, homme et femme ne sont pas à égalité : à 30 ans, l'horloge biologique des femmes sonne de mani??re impérieuse ; les hommes, eux, ont tout le temps.

De ce point de vue, les divorcées avec enfants devraient avoir un avantage appréciable. Anne, scénariste de 43 ans, a deux fils et, apr??s un an et demi de solitude, vit avec délices les avantages de l'amant : « La situation est idéale. Je décide quand on se voit. Je suis amoureuse comme une adolescente et compl??tement libre. » Cette attitude, traditionnellement masculine, se répand à grande vitesse chez ces « monop » avec enfants. Mais cela peut-il durer ? Bien sûr, répond Serge Hefez. Même s'il ajoute que « la danse du couple se remet vite en marche : si la femme dit "pas ce soir", l'autre peut se demander jusqu'à quel point il compte ». La « situation idéale » peut se révéler une négociation, d'autant plus redoutable qu'elle est implicite, où la relation est sans arrêt mise à l'épreuve ! Et les hommes, qu'on dit si soucieux de leur indépendance, peuvent y laisser des plumes, comme Nicolas, qui n'a pas tr??s bien vécu d'être à 37 ans le « repos du guerrier » d'une femme de 40 ! Et que dire de la redoutable Catherine qui, à 58 ans, est directrice commerciale, « habituée à manager des équipes » : prête à ce type de relations où chacun reste chez soi, elle ne veut pourtant pas « se tenir à la disposition d'un homme marié » et juge, pour finir, que, « passé 45 ans, tous les hommes sont des épaves ».

En butte à de telles exigences, les hommes sont aujourd'hui paumés ! Tel est le jugement de Sylvie Tenenbaum, psychothérapeute, et Hél??ne Vecchiali, consultante en ressources humaines. La premi??re est l'auteur d'un ouvrage paru l'an dernier, « Cherche désespérément l'homme de ma vie » (2). L'autre vient d'écrire « Ainsi soient-ils », sous-titré de façon tr??s explicite : « Sans de vrais hommes, point de vraies femmes... » (3). Les deux spécialistes sont arrivées, chacune de son c??té, à la même conclusion : les femmes paient tr??s cher leur confusion. Elle veulent un homme, un vrai, qui les séduit et les prot??ge, mais qui, dans le même temps, repasse seul ses chemises et sache les comprendre comme une copine. Un homme idéal, qui n'a qu'un seul défaut : il est... introuvable !

Elles paient également leur méfiance : « Elles attendent d'être séduites, mais, quand un homme les aborde, elles sont à deux doigts de lui coller une claque », remarque Anne. Véronique Corniola, fondatrice il y a dix ans de la premi??re école française de séduction, l'affirme en termes plus crus : « D??s qu'un homme montre son désir, elles sont horrifiées ! Pourtant, elles devraient savoir qu'un homme couche d'abord et tombe, peut-être, amoureux ensuite. »

A force de chercher l'homme idéal, certaines semblent avoir oublié qu'il n'y a pas d'amour sans prise de risque. Lisa en est désormais convaincue et adopte maintenant la « zen attitude » ! Elle explore des voies plus traditionnelles de rencontres. Les leçons de tango : « Pas mal. » Les cafés littéraires : « Tr??s visiblement, s'amuse-t-elle, je ne suis pas la seule à penser que l'amour de la littérature est un prétexte. » La chorale : « Tr??s sympa, mais beaucoup d'homos. » Militer à la section du PS de son quartier : « Pareil que la chorale ! » Elle prend garde à son image, tente de ne pas affoler les candidats éventuels : « Je suis grande, ce qui ne facilite pas les choses. J'essaie d'atténuer cette impression par une tenue et un maquillage qui restent discrets. » Elle constate aussi qu'en vacances, bien plus détendue, elle n'a aucun mal à rencontrer des hommes : « Il n'y a pas d'enjeu. On se fout de savoir si ça va durer. » Le secret n'en est pas un, conclut Lisa : « Il faut être disponible sans être à cran. » Dans « Premier matin » (4), l'étude de 23 histoires d'amour naissantes, Jean-Claude Kaufmann remarquait que beaucoup de ces histoires démarraient dans l'étourdissement d'une fête, et surtout l'été. Certes, personne ne connaît la fin de ces « romances d'aujourd'hui », mais la conclusion s'impose : les filles, abandonnez-vous ! Les célibataires de cinéma - La revancharde

Mathilde Seigner dans « Tout pour plaire », 2005 « Durant des années, j'ai été persuadée que dans chaque wagon de métro m'attendait l'homme de ma vie. Et puis j'ai acheté une voiture. » Aigrie, revancharde, Juliette est la célibataire qui n'y croit plus. Paris, un show-room permanent ? La réalité, c'est le désert, Montluçon, apr??s 18 heures. Les soirées ? « Trois mecs pour 25 nanas : deux homos et un célibataire chauve. » Alors, elle culpabilise : « Il me manque du charme, du myst??re », et compense en explosant son découvert. Avant de s'apercevoir que son banquier a peut-être du coeur. « Des trois femmes de « Tout pour plaire », explique Jér??me Soubeyran le coscénariste, Juliette la célibataire est un ton au-dessus des deux autres, c'est celle qui a le plus de col??re, de souffrance en elle. En termes d'écriture, c'est aussi le plus payant. » Résultat : 1,5 million de spectateurs pour ce premier film signé Cécile Telerman. François-Guillaume Lorrain Les célibataires à la télé - L'indécise

Mélanie Doutey dans « Clara Sheller », 2005. « La célibataire est un personnage ambivalent qui envie les gens qui sont en couple, mais que les autres envient, car elle est libre, jolie, éventuellement délurée », explique Nicolas Mercier, le scénariste de la série. Mignonne, romantique et tr??s libre, mais souvent trompée par son instinct, Clara transforme la recherche du prince charmant en parcours semé d'erreurs. A priori tr??s parisienne, car ancrée dans le milieu bobo, la série de ces six épisodes a pourtant remporté un gros succ??s : 6 millions de téléspectateurs en moyenne. « On m'a déjà proposé d'autres « Clara Sheller » que j'ai refusées. Mais je suis certain qu'elle aura des clones », ajoute Mercier. F.-G. L.

Les célibataires de cinéma - La plaquée

Mich??le Bernier dans « Le démon de midi », 2005. Un grand classique : le mari adoré vous laisse pour une fée Pentium, plus jeune de dix ans. BD à l'origine, largement plébiscité par le lectorat féminin, « Le démon de midi » propose la réponse actuelle à un cas de figure on ne peut plus traditionnel. Apr??s avoir épuisé les solutions habituelles - retrouvailles avec les ex, rendez-vous arrangés par les copines, antidépresseurs -, il s'av??re que l'avenir de la femme larguée n'est pas forcément l'homme : « Apr??s une rupture, explique Florence Cestac, l'auteur de l'album adapté à l'écran, on ne s'en sort pas toujours en rencontrant quelqu'un qui va panser vos plaies. On peut aussi s'en sortir grâce à soi-même. » F.-G. L.

Les célibataires de cinéma - L'angoissée

Marina Foïs dans « J'me sens pas belle », 2004.

« J'ai interviewé des amies célibataires habitant à Paris, raconte Bernard Jeanjean, le réalisateur. Chez ces femmes coexistent un grand désir de vivre à deux et en même temps une peur de franchir le pas. Le plus frappant, ce sont leurs efforts pour appliquer des r??gles. Elles croulent sous les journaux féminins les bombardant de modes d'emploi qui les obligent à se projeter dans des codes, alors que la solution est d'être naturelle, d'entrer directement dans la relation. » Le cinéaste explore donc les craintes d'une trentenaire qui a une soirée pour décider si le jeune informaticien qu'elle reçoit en tremblant est le bon. Un huis clos où excelle Marina Foïs en célibataire fragile. F.-G. L.

Les célibataires à la télé - Les délurées

« Sex and the city », 1998 Quatre créatures délurées de Manhattan, qui parlent de sexe de façon culottée. Les hommes en ont appris de belles sur la mani??re dont on les perçoit. Les femmes, elles, se sont reconnues dans ces dr??les de dames qui s'amusent de leurs désarrois amoureux et transforment leurs errances affectives en slalom entre vernissages et boîtes échangistes

Ruée sur les livres étrangers

« Le journal de Bridget Jones », journal obsessionnel et hypo-condriaque de cette célibattante aura depuis 2000 attiré plus de 1 million de lectrices françaises. Ses aventures de femme mariée, « L'âge de raison », n'ont pas connu le même succ??s (600 000 exemplaires). J'ai Lu et Fleuve Noir ont lancé diverses collections, destinées à des lectrices actives, célibataires. Parmi les titres, « Les filles n'en m??nent pas large », de Sparkle Hayter (50 000 ventes). Les Françaises plébiscitent décidément les auteurs étrang??res. Dernier exemple : Lucia Etxebarria (« Amour, Prozac et autres curiosités », « Beatriz et les corps célestes »), version movida de la mis??re sexuelle au féminin. F.-G. L.

Josiane Balasko : « En amour, il ne faut pas avoir peur de souffrir »

«Trente ans de féminisme pour en arriver là ! » s'effare Mich??le Bernier dans son film « Le démon de midi ». Plaquée par son mari, elle se surprend à se consoler dans un spectacle de strip-tease masculin. Josiane Balasko est allée encore plus loin. L'héroïne de « Cliente », roman publié chez Fayard, paie des hommes prostitués et obtient ce qu'elle cherche : de l'affection sans complications. « Ce n'est pas du vécu, précise Balasko. Mais j'ai beaucoup observé ces femmes de 40-50 ans, divorcées, et j'avais envie d'aborder ce sujet. » Un sujet qui dérange : le livre a d'abord été un scénario refusé par les producteurs. Il deviendra bient??t un film, avec Nathalie Baye. « Je pense que ce qui dérangeait le plus, c'est qu'elle le vive bien, pas comme un pis-aller, mais comme un moyen de se protéger de l'amour. Moi, j'ai eu beaucoup de chance. A l'âge de mon héroïne, je me suis remariée. Si je ressemble à un personnage du livre, c'est à la soeur, qui retombe amoureuse comme une midinette d'un cow-boy alors qu'elle rêvait d'un archéologue. Dans la vie, la rencontre est un état d'esprit. Bien des femmes restent seules parce qu'elles privilégient leurs enfants, ou alors elles sont méfiantes parce qu'elles ont souffert. Il ne faut pas avoir peur de souffrir en amour. » M.-S. S.

Mathilde Seigner : « Je change tous les trois ans... »

«Ce n'est certainement pas un hasard si les réalisateurs font souvent appel à moi pour des r??les de célibataires. Il doit y avoir quelque chose dans mon caract??re qui les inspire. Mais, moi, je n'ai jamais été seule ! Je change souvent, tous les trois ans à peu pr??s. Pourtant, j'ai eu des gars formidables. L'amour en CDD ne me pose pas de probl??me. Simplement, parfois, je sens bien que ça va pas coller. Je n'arrive pas à me poser. Même si, au fond, j'aurais aimé faire comme mes parents. Peut-être que je fais peur aux hommes. En fait, c'est comme Bardot - pas physiquement, bien sûr - mais je suis un peu « l'homme de ma vie » : je fais tout toute seule, je suis indépendante, souvent je gagne plus d'argent qu'eux. Chercher un homme ? Pas question : je trouve ça pathétique ! Je suis tr??s exigeante dans mes choix : le physique, je m'en fiche, mais il faut qu'il soit dr??le, intelligent et qu'il soit prêt à suivre mes folies. Même si je crois avoir mis de l'eau dans mon vin, parce que sinon on s'engueule en permanence. Pour me plaire ? C'est tr??s simple, il faut me faire rire. Mais moi, pour plaire à un type, je ne suis prête à rien. Je ne suis pas du tout une séductrice, juste une déconneuse. ??a leur plaît, on dirait. » Propos Recueillis par M.-S. S.

Paroles d'hommes

Que pensent aujourd'hui les hommes des femmes ? Quelques quadras célibataires ont accepté de répondre et le portrait esquissé n'est pas tr??s flatteur. Thierry, 39 ans, est « romantique ». Il y a cinq ans, ce directeur d'études de marketing a accepté de voir ses revenus divisés par deux pour devenir prof de philo. Résultat : « Mon amie m'a quitté, me disant que je n'étais plus le même. » Vénales, les femmes ? Olivier n'est pas loin de le penser : « Elles nous traitent comme des Kleenex : elles cherchent un géniteur qui gagne bien sa vie. Qu'importe si elles sont amoureuses puisqu'elles savent que si elles partent, elles garderont les enfants et la pension qui va avec. » Une perspective qui terrorise ce chef d'entreprise de 40 ans qui n'a qu'un rêve : fonder une famille qui ne volera pas en éclats à la moindre vicissitude. « Mes amis se sont mariés entre 25 et 30 ans. Presque tous ont été mis devant le fait accompli. Un jour, leur femme leur a dit : Je ne t'aime plus, je te quitte ! »

Selon Olivier, les femmes d'aujourd'hui sont impossibles à satisfaire : « Un homme sympa et attentionné ne leur suffit pas. Il faut qu'il soit riche, surprenant, avec un métier qui fait rêver. Et si tu te présentes comme une personne stable qui cherche un engagement durable, elles te reprochent ton manque de fantaisie ! » Patrick, comptable de 43 ans, s'en amuse : « Elles veulent un PDG qui ait du temps à leur consacrer, exactement comme un homme qui cherche une Adriana Karembeu cuisinant comme Maïté ! » Thierry fustige celles qui veulent une relation « vraie » tout en restant indépendantes : « Ce sont les mêmes qui pleurent devant leur ordinateur parce qu'elles se sentent seules ! » Olivier renchérit : « Soit tu les colles trop et tu les étouffes, soit tu ne les colles pas et tu les négliges ! » Un best-seller américain débarque en France consacré à ce sujet : élégamment intitulé « Pourquoi les hommes préf??rent les chieuses », il n'est pas sûr qu'il fasse ici le même tabac ! Camille Dattée

Le mod??le américain

A ux Etats-Unis, l'engouement pour les héroïnes célibataires remonte à 1997, année de baptême d'« Ally McBeal », qui précéda d'un an ses consoeurs de « Sex and the City ». Bien sûr, on avait déjà parlé des femmes seules, mais cette fois le ton était différent : la célibataire n'est plus une vieille fille qui se lamente sur son sort et le célibat devient une grande aventure, évoquée avec dr??lerie, effronterie. La solitude, loin d'être un boulet, est exubérante, parfois revendiquée. La France, avec un retard évident, a pris mod??le sur ces séries : « Ces séries-là ont commencé à être diffusées chez nous fin 2000, se souvient Nicolas Mercier, le scénariste de « Clara Sheller ». Elles ont connu un succ??s inattendu qui a fait réfléchir les producteurs. Là-dessus est venue se greffer "Bridget Jones". Toutes ces héroïnes avaient un point commun qui m'a influencé : l'humour. » Mais le constat s'impose : notre pays est à la traîne. Pourquoi un tel décalage ? « La France, avance Nicolas Mercier, est en retard du point de vue de la représentation sociale. On cloisonne. Soit on fait du social pur et dur, soit on donne dans la comédie sentimentale, mais on n'arrive pas à marier les deux. Les Etats-Unis, comme tout pays anglo-saxon, proposent une société plus rigide, plus structurée, qui a davantage conscience des normes et de leur transgression. Aux Etats-Unis, le sexe et le sentiment sont plus codifiés socialement. » F.-G. L.

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