Violence et La loi du silence !!!!
Violence Faits divers>Jimmy a refusé la loi du silence. Racketté à la sortie des cours, aux arrêts de car, ce lycéen de 16 ans d'Evreux (Eure) surmonte sa peur des représailles et prévient ses parents
. On connaît la suite. Venu s'expliquer d??s le lendemain avec les racketteurs, non sans avoir au préalable porté plainte, le p??re de Jimmy, Guy-Patrice B??gue, est tabassé à mort par une quarantaine de jeunes, sous les yeux de son propre fils et de centaines d'él??ves. Ces meurtriers par bravade collective ont voulu punir ce p??re d'avoir osé s'insinuer dans leur jeu, refuser de les laisser marquer leur territoire. Comme certains chefs d'établissement, ces p??res déterminés ou simplement tr??s en col??re - au point, parfois, de déraper - tranchent dans la tétanie généralisée qui saisit ces quartiers où quelques bandes parviennent à imposer leur pouvoir en misant sur la peur et l'intimidation. Avec succ??s.
Subissant réguli??rement les quolibets agressifs d'un groupe de jeunes, une habitante d'une cité du XIXe ar-rondissement de Paris se confie à l'amicale des locataires. Mohamed, éducateur, lui propose sa médiation. La réponse de la victime est lapidaire: «Je ne veux pas d'histoires!» L'éducateur sait que cette expression traduit la soumission. «Si vous restez emprisonnée dans votre peur, cela ne peut que s'aggraver», argumente-t-il. L'intéressée baisse la tête, gênée. Dans cette même cité, l'an dernier, pour un motif futile, un habitant a été battu sous les yeux de sa fille. Lui non plus ne voulait «pas d'histoires». Il a longuement hésité avant de se décider à porter plainte, par crainte d'une correction encore plus sév??re. Redoutant aussi des «histoires», les témoins furent tr??s réticents à le soutenir. L'homme a fini par déménager.
Seule 1 victime sur 2 d'incivilité, de malveillance ou de délinquance ces douze derniers mois a signalé les faits à la police, selon un sondage CSA réalisé en décembre 2001 pour le minist??re de l'Intérieur. Selon une récente enquête conduite en Ile-de-France par le Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), 1 agression sur 5 et 1 cambriolage sur 2 parviendraient jusqu'aux forces de l'ordre. Dans la majorité des cas, l'affaire est jugée trop bénigne par les victimes elles-mêmes. Pour le reste, la proximité entre tourmenteurs et tourmentés, au lieu d'inciter au dialogue, finit par condamner au mutisme. Un silence qui donne un sentiment d'impunité aux terreurs des quartiers et qui, faute de faits bien précisés, nourrit les fantasmes, donc une peur plus intense encore: c'est l'engrenage. La mésaventure survenue à cet habitant d'une cité HLM, interviewé par Nicolas Poincaré pour l'émission Sept à huit, sur TF 1, est symptomatique: se plaignant des jeunes qui «tiennent les murs» dans la cage d'escalier, témoignant masqué devant la caméra, un locataire est malgré tout identifié. La riposte est immédiate: le soir même de la diffusion du reportage, la porte de son appartement est incendiée. L'équipe de TF 1 retournera sur les lieux et filmera son déménagement affolé. Une victoire pour cette famille qui demandait depuis des mois à être relogée. Mais une défaite collective. «Personne n'a rien vu»
Peur de porter plainte, peur de témoigner, peur de voir brûler la voiture, insulter les femmes, brimer les enfants. «Quand je dis à mes locataires de porter plainte, explique une gardienne d'immeuble de la Seine-Saint-Denis, ils me répondent: je n'ai pas de garage; comment aller au travail s'ils brûlent ma voiture?» Une peur qui frise parfois la non-assistance à personne en danger. Robert, habitant d'une cité de Mulhouse (Haut-Rhin), a en vain cherché des témoins apr??s son agression: «Tous les voisins étaient à leur fenêtre quand j'ai été molesté, mais personne n'a rien vu.» Robert, lui, a porté plainte. Ses deux agresseurs ont été condamnés. «Depuis, dit-il, les jeunes me respectent.»
Au crédit accordé aux menaces s'ajoute chez les plus vulnérables un manque de confiance envers les policiers. Ainsi cette famille marocaine harcelée par des voisins dans une cité de la banlieue de Bordeaux et accueillie par les psychologues du Centre d'accueil en urgence des victimes d'agression (Cauva) du CHU de Bordeaux, une structure unique en France qui fait le lien entre médecine et justice. «Cette famille a toujours refusé de porter plainte, s'attendant, en tant que maghrébine, à être mal reçue au commissariat», raconte Sandrine Birsan, psychologue au Cauva. Ce qui n'était qu'une banale affaire de palier a d??s lors pris une tournure dramatique: dépression de la m??re, refus des enfants d'aller à l'école - où se trouvaient les fils de la famille adverse - p??re dormant la batte de base-ball à portée de main??? «L'office HLM les a aidés à déménager dans une autre cité, continue Sandrine Birsan. Parfois, c'est la seule solution. Les aléas des querelles de voisinage sont récurrents, et la police le sait: suivre l'affaire mobilisera deux ou trois îlotiers pendant plusieurs semaines, alors que les commissariats sont déjà saturés.»
Menacé au couteau par son voisin de palier, un déséquilibré en crise, Charles, un étudiant, a dû fuir sa chambre de bonne du XIe arrondissement de Paris. «Au commissariat, raconte-t-il, les deux flics de service bâillaient en écoutant mon cas. Ils ont fait une simple main courante. Pour un fou dangereux!» En 1993, une étude du Cesdip menée dans un commissariat parisien évaluait à 20% la proportion d'affaires «non transmises au parquet». En 1999, un rapport du secrétariat d'Etat au Logement concluait que la moitié des cambriolages ne faisaient «l'objet d'aucune enquête». Apr??s une premi??re expérience am??re dans un commissariat, certains perdent confiance. «Quand notre fille s'est fait agresser au coll??ge, raconte Josiane, m??re de famille dans le XXe arrondissement de Paris, nous l'avons persuadée de porter plainte. C'était un peu lourd pour la petite: raconter plusieurs fois son histoire devant des gens différents, pas toujours compréhensifs, identifier son agresseur derri??re une glace sans tain. Les brimades ont continué, mais nous n'avons plus porté plainte: reprendre à zéro les procédures pour aussi peu de résultats!» Josiane a finalement préféré éloigner sa fille et la changer de coll??ge. La mise en place de la police urbaine de proximité devrait peu à peu améliorer l'accueil et la prise en charge des victimes. Réactions et conscience du délit
«Il faut parler, sinon la victime et son agresseur se retrouvent enfermés dans un processus fusionnel, affirme Sandrine Birsan. Une emprise dont la victime ne peut se défaire. Comme dans le cas du racket.» Faire intervenir un tiers brise le cycle infernal. «Ne pas donner de suites judiciaires à l'agression équivaut pour la victime à nier ce qui lui arrive, à se dévaloriser», explique Françoise Lemelle, présidente de l'Association d'aide aux victimes et d'information sur les probl??mes pénaux, à Rouen, l'une des 160 structures fédérées au sein de l'Institut national d'aide aux victimes et de médiation.
De plus, le silence autorise les agresseurs à récidiver, jusqu'au paroxysme, jusqu'à la construction d'un monde à part. «Faute de réactions, certains n'ont parfois même plus conscience de commettre un délit», constate André. Ce conseiller pédagogique d'un centre de formation du Val-d'Oise surprit un jour un jeune voleur de voiture: «Il ne comprenait pas pourquoi je l'engueulais. Pour lui, à force d'impunité, piquer une bagnole était devenu banal, admis, et non plus illégal.» Auteur de La Délinquance des jeunes (Seuil), chercheur au CNRS et enseignant à Sciences po Grenoble, Sebastian Roché renchérit: «La réalisation d'un délit est toujours conditionnée par l'idée que l'on se fait de sa gravité. Puisque personne ne réagit, ce que je fais n'est pas grave, se disent les délinquants, qui, du coup, commettent des actes de plus en plus graves, qu'ils transforment en mode de vie, en activité économique, presque en profession. A mon sens, on tient là l'explication de l'augmentation des chiffres de la délinquance.»
source : http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/criminalite/dossier.asp?ida=425935&p=2
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